TOMATSU Shômei et le documentaire subjectif

TOMATSU Shômei, portrait, ©Moriyama

Considéré comme l’une des figures les plus influentes de la photographie japonaise d’après-guerre, Shōmei Tōmatsu déploiera une carrière magistrale durant plus de 50 ans. Né à Aichi, Nagoya, en 1930, il est un « hibakusha », un survivant des bombardements américains de 1945 des villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Il capture les transformations de la société japonaise sous toutes ses formes, à travers un regard et une esthétique expressionniste uniques. Lire la suite de « TOMATSU Shômei et le documentaire subjectif »

Tsuguharu Foujita (1) : les nus des années 20

» FOUJITA en 1926 » – Photo de Mme D.ORA

Tsuguharu Foujita (ce qui signifie « héritier de la paix »), né au Japon en 1886 et mort à Zurich en 1968, se distingue par son look tout particulier  : coupe au bol, frange épaisse, petite moustache, lunettes rondes et ses vêtements originaux qu’il se confectionne lui-même.  Lire la suite de « Tsuguharu Foujita (1) : les nus des années 20 »

OGAWA Ito : La papeterie Tsubaki

Ogawa Ito, La Papeterie Tsubaki, ©Ed Piquier

Hakoto a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand mère. Elle fait ses premiers pas comme écrivain public, car sa grand mère lui a enseigné dès le jour de ses six ans  l’art difficile de la calligraphie, art pratiqué par sa famille depuis l’époque d’Edo. Le choix des mots, la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre, qui « incarne » véritablement l’expéditeur. Elle répond aux souhaits les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : avis de décès pour un singe, cartes de voeux, annonce de divorce, lettres de condoléances, billet doux, lettres d’adieux, ou encore message d’excuses après une bourde commise lors d’une soirée alcoolisée.

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Les laques japonais (3) : les laques Negoro

Fin de la période Muromachi (1333-1573) ou début Momoyama (1573-1615), 16e – 17e siècle Dimensions – 36,8 x H 4,1 cm.

 

Le terme de « laques Negoro » (Negoro nuri) s’applique à des objets en bois, en général le zelkova japonais, recouverts d’une couche de laque noire, puis d’une couche de laque rouge. Ce procédé décoratif fut particulièrement employé sur des objets des cultes shintô et bouddhique, mais également sur des objets de décoration, des écritoires et de la vaisselle. La couleur rouge de cinabre (shu urushi) a quelquefois subi, par endroits, des usures, au fur et à mesure de l’utilisation de l’objet. Celles-ci font alors apparaître quelques parties de laque noire de la couche inférieure. Formes épurées, tons sobres et patines caractérisent ces objets à l’esthétique wabi-sabi (1) qui séduisirent moines et maîtres de thé. Lire la suite de « Les laques japonais (3) : les laques Negoro »

Les laques japonais (2) : le maki-e

Etui à pipe (détail), japon, début XX, Shôgetsu

Les techniques regroupées sous le terme de maki-e regroupent incontestablement l’apogée des laques japonais. Attestées dès le VIIème siècle, elles ont été sans cesse améliorées et développées depuis, pour finalement devenir l’ornementation prédominante à partir du XVIIème siècle. Le maki-e désigne les décors réalisés avec des poudres ou des paillettes de métal, essentiellement d’or ou d’argent, qui sont saupoudrées (maku) à la surface de l’objet préalablement enduit de laque. Ci-contre, le détail d’un étui à pipe illustre parfaitement la précision et la maîtrise d’un tel art réalisé sur une surface n’excédant pas 2 cm de large et convexe de surcroît. Lire la suite de « Les laques japonais (2) : le maki-e »

Les laques japonais (1)

Inrô, Laque japon, XIXès.

Avec leur ornementation lustrée et leur aspect soyeux, les laques ont de tout temps exercé une fascination tant en Asie qu’en Europe. Les pièces présentées dans cet article sont datées entre le XVIIème et la première moitié du XXème siècle. Nous ne traiterons dans cet article que des objets qui témoignent du travail patient et minutieux des artisans qui les ont créés, laissant de côté les meubles ou les sculptures. Une précision sur le terme même de laque : en tant que résine issue de la sève d’arbres,  le mot est féminin; pour désigner un objet fait de cette matière, le mot est masculin. Ci-contre, inrô en laque or et argent sur fond de laque noire et incrustations de nacre, représentant deux paons. Signé Kajikawa Ryushô et kakihan.  Japon, XIXe siècle. Haut. 7,8 cm, Lire la suite de « Les laques japonais (1) »

Le théâtre Nô (1) : Les masques

Masques-du-theatre-No-masque-chujo

Le théâtre nô  (, ) est un des styles traditionnels du théâtre japonais.  Constitué à la fin du XIIIème siècle ou au XIVème siècle, il  unit deux traditions : les pantomimes dansées et les chroniques versifiées récitées par des bonzes errants. Après que Zeami  a fixé les règles du nô, le répertoire s’est figé vers la fin du XVIème siècle et demeure encore intact. Le nô est unique dans son charme subtil et son utilisation de masques distinctifs. L’histoire du nô et ses caractéristiques feront l’objet d’autres articles. Nous traiterons ici plus spécifiquement des masques avec une introduction sur le théâtre masqué. Lire la suite de « Le théâtre Nô (1) : Les masques »

Yan Pei-Ming (1): Le portrait revisité

YAN PEI-MING, Yan Pei-Ming- Blue Portrait of the Artist, 2016, oil on canvas, 50 × 50 cm. Courtesy MDC Hong Kong.

Yan Pei-Ming (严培明 ) est un artiste peintre français d’origine chinoise, né en 1960 à Shanghai en Chine. Depuis 1980, il s’est établi en France et travaille entre Dijon et Paris. Connu pour ses gigantesques portraits, notamment de Mao, il est également un peintre d’histoire et de faits divers (dont nous parlerons dans un autre article). Sa peinture questionne les notions de portrait, d’image, d’effigie,  ou d’icône liées à celles de la représentation et de la picturalité, de la figuration et de l’abstraction, de l’identité et de l’humanité, du même et de l’impermanence.

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Tsutsugaki : textiles indigo du Japon

Tsutsugaki-kimono, Kimono pour la nuit (yogi). Motif Sotestu (arbre japonais) et chiens occidentaux, Japon, toile de coton, tsutsugaki, 158,1 x 145,1 cm.

Tsutsugaki-kimono, Kimono pour la nuit (yogi). Motif Sotestu (arbre japonais) et chiens occidentaux, Japon, toile de coton, tsutsugaki, 158,1 x 145,1 cm.©Yasuhiro Kobayashi

Art du textile datant probablement de l’époque de Muramachi (1336-1573), ayant connu son apogée à l’Epoque Edo (1603-1868), les tsutsugaki tirent leur nom de la technique employée pour leur fabrication. Par la suite, le terme  désignera tout objet réalisé à l’aide de cette technique. Sous l’ère Meiji (1868-1912), avec la modernisation du Japon et l’arrivée de procédés de fabrication ou de teintures industrielles, ce savoir-faire ancien décline lentement avant de quasiment disparaître après la Seconde Guerre Mondiale. Il ne reste actuellement que quelques artisans conservant le savoir-faire nécessaire au « tsutsugaki« . Il faut attendre, à la fin des années 1930, le regard de Sôetsu Yanagi, créateur de la notion mingei (« art populaire »), pour que soit reconnue au tsutsugaki sa valeur proprement artistique.

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Mineko Iwasaki , Ma vie de geisha

Ma vie de de geisha, Mineko Iwasaki

Mineko Iwasaki (岩崎峰子), de son vrai nom Masako Tanaka, est née le 2 novembre 1949 à Kyôto et a été une des plus grandes geiko (geisha)¹ du quartier de Gion à Kyôto. En 1997, elle est consultée par l’auteur américain Arthur Golden qui souhaite avoir son témoignage pour l’élaboration de son roman « Geisha ». Plus tard, elle regrettera ces confidences et attaquera Golden en justice pour violation de confidentialité. Mécontente des libertés que l’auteur s’est permis de prendre dans son roman (la mise aux enchères prétendument rituelle de la virginité de l’héroïne notamment), Mineko Isawaki décide alors de publier son propre livre, aidé par l’américain Rande Brown, « Ma vie de Geisha ».
Témoignage personnel, son livre est également une source de renseignements sur la vie d’une geisha, son éducation et son évolution. On y apprend la hiérarchie et l’économie d’une okiya (maison de geisha), son organisation, ses règles. C’est également le monde du luxe et des arts, mais aussi celui de la discipline, archaïque, qu’elle quittera à l’âge de 29 ans. Lire la suite de « Mineko Iwasaki , Ma vie de geisha »