Les aventures du juge Ti (1) : Robert Van Gulik

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Grand érudit et véritable polyglotte, le hollandais Robert Van Gulik (1910-1967) s’est initié à la poésie et à la calligraphie chinoises, au tibétain, au sanscrit, à la philosophie bouddhiste. C’est en 1948, au Japon, qu’il traduit un roman policier chinois, le Dee Gong An, ou Affaires résolues par le juge Ti, authentique fonctionnaire de l’époque Tang. S’inspirant de l’art des vieux récits chinois, il écrit alors 24 récits policiers fictifs, qui font découvrir au lecteur occidental maints aspects de la vie sociale de la Chine des Tang.

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Le haïku japonais (1)

Bashô, portrait

Parce qu’il est petit, le plus petit poème du monde, le haïku semble facile à écrire, et, parce qu’il fixe en termes simples et en trois lignes un instant du quotidien, tout un chacun le juge immédiatement accessible. Qu’y a-t-il de si attirant dans ces poèmes ? Leur simplicité de forme y est sans doute pour beaucoup. Mais il y a plus  : le regard sur la vie qu’ils distillent, l’expérience existentielle à laquelle ils invitent semblent pouvoir toucher les esprits les plus rationnels. Une impression fugace, une scène de la vie qui passe, « la notation spontanée d’un instant  d’élite », comme disait Roland Barthes (0), la beauté d’un moment éphémère reliée au tragique de notre condition…

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Esthétique japonaise : le wabi-sabi

calligraphie du terme wabi sabi

Quasiment depuis son émergence, l’esthétique japonaise du wabi-sabi a été associée à la cérémonie du thé et, de près ou de loin, au bouddhisme Zen. Il illustre en effet de nombreux principes spirituels, éthiques ou philosophiques du Zen. Il est vrai que le wabi-sabi fut au départ une affaire de personnes (maîtres de thé, prêtres ou moines) qui avaient tous pratiqué le zen et en avaient l’esprit imprégné. Mais le Zen étant anti-rationaliste, toute définition claire et explicative du wabi-sabi fut soigneusement écartée. Ce d’autant plus que son »indescriptibilité » est un caractère inhérent à son incomplétude. Comment décrire l’incomplet, l’imperfection, l’éphémère ou l’impermanence ? Nous verrons que le terme renvoie  à un concept esthétique autant qu’à une disposition spirituelle.  Lire la suite de « Esthétique japonaise : le wabi-sabi »

Les photographies haïku de Yamamoto Masao

© Yamamoto Masao ,Nakazora # 1025, Gelatin silver print with hand-applied ink
7 ¼ x 5 inch (18.42 x 12.70 cm), Edition of 40

Yamamoto Masao est réputé pour ses petites épreuves sur papier argentique travaillées à la main, qu’il vieillit délicatement pour donner à l’objet une patine suffisante pour que les photographies apparaissent d’une période indéterminée. Sans lieu, ni date, elles appartiennent à la grande famille des photographies anonymes et intimes que chacun aurait pu prendre…

Les sujets varient énormément, allant de la campagne japonaise aux corps féminins nus, sensuels et mystérieux, en passant par la nature morte, le bonsaï et les animaux.

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YAN Lianke : Songeant à mon père

Yan Lianke, Songeant à mon père, Ed.Piquier, 2010

Né en 1958 dans une famille de paysans illettrés du Henan, Yan Lianke s’engage dans l’Armée populaire en 1979, dont il est limogé en 2004. Il a d’abord été écrivain officiel de l’armée, avant de composer des œuvres puissantes et empreintes de liberté, souvent mises à l’index par la censure. « Je ne veux me rendre ni au pouvoir politique ni au marché. Je préfère garder ma dignité, même si cela signifie mourir de faim. J’ai cette conviction dans le sang. » En 1984, il est diplômé de département politique de l’université du Henan et, en 1991, diplômé de la section de littérature de l’Académie des Beaux-Arts. Il a reçu en 2014 le prix Franz Kafka pour l’ensemble de son œuvre. « Songeant à mon père » paraît en 2008 et est traduit en français, en 2010. 

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Ryokan : poète, calligraphe et moine bouddhiste zen

“Ryōkan” by Yasuda Yukihiko (1884-1978)

Ryōkan Taigu (大愚 良寛, Taigu Ryōkan,1758-1831)est un moine et ermite, poète et calligraphe japonais. Né Eizō Yamamoto (山本 栄蔵, Yamamoto Eizō), il est plus connu sous son seul prénom de moine Ryōkan (良寛, signifiant « Grand-Cœur »). Ryōkan est l’une des grandes figures du bouddhisme zen de la fin de la période Edo. Au Japon, sa douceur et sa simplicité ont fait de lui un personnage légendaire. Lire la suite de « Ryokan : poète, calligraphe et moine bouddhiste zen »

Photographie : TOMATSU Shômei et le documentaire subjectif

TOMATSU Shômei, portrait, ©Moriyama

Considéré comme l’une des figures les plus influentes de la photographie japonaise d’après-guerre, Shōmei Tōmatsu déploiera une carrière magistrale durant plus de 50 ans. Né à Aichi, Nagoya, en 1930, il est un « hibakusha », un survivant des bombardements américains de 1945 des villes d’Hiroshima et de Nagasaki. Il capture les transformations de la société japonaise sous toutes ses formes, à travers un regard et une esthétique expressionniste uniques. Lire la suite de « Photographie : TOMATSU Shômei et le documentaire subjectif »

Tsuguharu Foujita (1) : les nus des années 20

» FOUJITA en 1926 » – Photo de Mme D.ORA

Tsuguharu Foujita (ce qui signifie « héritier de la paix »), né au Japon en 1886 et mort à Zurich en 1968, se distingue par son look tout particulier  : coupe au bol, frange épaisse, petite moustache, lunettes rondes et ses vêtements originaux qu’il se confectionne lui-même.  Lire la suite de « Tsuguharu Foujita (1) : les nus des années 20 »

OGAWA Ito : La papeterie Tsubaki

Ogawa Ito, La Papeterie Tsubaki, ©Ed Piquier

Hakoto a vingt-cinq ans et la voici de retour à Kamakura, dans la petite papeterie que lui a léguée sa grand mère. Elle fait ses premiers pas comme écrivain public, car sa grand mère lui a enseigné dès le jour de ses six ans  l’art difficile de la calligraphie, art pratiqué par sa famille depuis l’époque d’Edo. Le choix des mots, la calligraphie, le papier, l’encre, l’enveloppe, le timbre, tout est important dans une lettre, qui « incarne » véritablement l’expéditeur. Elle répond aux souhaits les plus surprenants de ceux qui viennent la voir : avis de décès pour un singe, cartes de voeux, annonce de divorce, lettres de condoléances, billet doux, lettres d’adieux, ou encore message d’excuses après une bourde commise lors d’une soirée alcoolisée.

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Les laques japonais (3) : les laques Negoro

Fin de la période Muromachi (1333-1573) ou début Momoyama (1573-1615), 16e – 17e siècle Dimensions – 36,8 x H 4,1 cm.

 

Le terme de « laques Negoro » (Negoro nuri) s’applique à des objets en bois, en général le zelkova japonais, recouverts d’une couche de laque noire, puis d’une couche de laque rouge. Ce procédé décoratif fut particulièrement employé sur des objets des cultes shintô et bouddhique, mais également sur des objets de décoration, des écritoires et de la vaisselle. La couleur rouge de cinabre (shu urushi) a quelquefois subi, par endroits, des usures, au fur et à mesure de l’utilisation de l’objet. Celles-ci font alors apparaître quelques parties de laque noire de la couche inférieure. Formes épurées, tons sobres et patines caractérisent ces objets à l’esthétique wabi-sabi (1) qui séduisirent moines et maîtres de thé. Lire la suite de « Les laques japonais (3) : les laques Negoro »