Shigeru Uchida : l’existence dans l’invisible

Uchida,

Du mobilier urbain aux objets que l’on tient dans la main, Shigeru Uchida (1943-2016) a travaillé dans toutes les directions, mais le fondement de sa pratique reste les aménagements intérieurs.

shigeru-uchida, portrait

Né à Yokohama en 1943, il est diplômé de la Kuwasawa Design School en 1966. En 1970, Uchida crée sa propre entreprise, Uchida Design Studio et plus tard, en 1981, le Studio 80 avec Toru Nishioka. En plus d’enseigner dans son alma mater depuis 1973, il est professeur invité à l’Université Zokei de Tokyo. Uchida a reçu le Mainichi Design Award, le prix spécial du meilleur magasin de l’année, le premier prix de design Kuwasawa, le prix d’encouragement à l’art du ministre de l’Éducation entre autres.

Ci-dessous, le Sakuragaoka tea room à Tokyo.

Sakuragaoka tea room Tokyo:Setagaya, Japan

En tant que designer japonais de premier plan, Uchida s’est engagé dans un large éventail de projets : travaux d’intérieur,  mobilier, et projets d’urbanisme au Japon et à l’étranger. Son œuvre majeure est  la série de boutiques pour Yohji Yamamoto,

Uchida design, boutique Yamamoto

le pavillon du gouvernement japonais pour Tsukuba Expo 85, l’hôtel Il Palazzo à Fukuoka, le hall de l’hôtel Kyoto, le musée de la mode de Kobe, et l’hôtel Mojiko.

Les salons de thé ‘Ji-an, So-an, Gyo-an’

Ji-an, San, Gyo-an tea rooms Tokyo, Japan

 

‘Gyo-an’ a été conçu par Shigeru Uchida pour l’exposition ‘Yu-ni arazu, Gei-ni arazu’ en 1993, dans le cadre d’une série de trois, dont les salons de thé ‘Ji-an’ et ‘So-an’, chacun respectivement, associé à trois des cinq agrégats du bouddhisme : formations mentales, sensation et perception. Fabriqué à partir d’une structure en bambou et en cèdre, ce salon de thé portable comprend un espace cubique avec des écrans géométriques créant un espace intime entouré d’un effet d’ombre à motifs. Inspirée des rituels de la cérémonie du thé japonaise, l’œuvre est une célébration de l’esprit de pleine conscience, créant un espace méditatif moderne dans lequel l’esprit peut contempler et se concentrer sur la lumière et les ombres créées par les murs transparents.

Uchida, Gyo an

 

Que cela fût pour une boutique de mode, un restaurant ou un hôtel de luxe, il avait une vision très claire, qui commençait par la figuration de l’espace et  finissait par la répartition parfaite de tables et chaises conçues sur mesure. « Uchida voulait que l’espace soit élégant et que le mobilier s’y intègre sans se faire remarquer.  » explique Kioshy Hasebe, le directeur d’Uchida design. Cette continuité a été le fil directeur de l’approche du designer, qui comprenait profondément la nature de l’espace japonais, tout en souhaitant le transformer.

Uchida commence sa carrière en 1970, en ouvrant un studio de design avec sa femme, Ikuyo Mitsuhachi. « Dès le début, Uchida a évité le massif et le robuste pour préférer le frêle, l’éphémère et le vulnérable », raconte l’écrivain Ryu Niimi. La première oeuvre du couple, le siège Free Forme,créé en 1969, en est un exemple. Rempli de granulés de polystyrène, ce pouf s’adapte au corps de l’utilisateur et trouve facilement sa place sur un tatami.

Uchida, free form chair, 1969

Au fur et à mesure que sa pensée évolue, Uchida rend la japonité plus abstraite, plus minimaliste. Pour les meubles comme pour les intérieurs, il extrait l’essence de la tradition et lui donne une expression contemporaine.

Les matériaux étaient une autre variable sur laquelle il jouait.

Uchida, Rattan chair, 1974

S’il ne s’est pas entièrement détourné du rotin, comme on le voit avec la Rattan chair, du bois ou d’autres matériaux historiques, il préfère souvent les grillages métalliques, les tuyaux en acier et les matières industrielles en général. Leur remarquable finesse, associée à une palette de couleurs neutres et monochromes, témoigne d’un design délicat.

Fauteuil September.

Uchida, September chair, 1977

SHIGERU-UCHIDA

 

Nirvana chair

Shigeru Uchida, nirvana chair, 1981

Dans les années 90, cependant, Uchida tempère sérieusement son minimalisme dur. Ses formes se relâchent et ses surfaces semblent passer au Technicolor : auparavant bannis, le bleu, le vert, l’orange et le rouge marquent désormais ses intérieurs et son mobilier. L’on attribue ce changement à ses fréquents voyages en Europe, notamment en Italie, dont il découvre le design exubérant. En témoigne l’Okazaki chair, créée, en 1996, aux lignes strictes mais très colorées.

Uchida,okazaki.chair,1996webp

Dear Morris horloge

Uchida, dear Morris, 1986

Plus petite, réalisée trois ans après, la pendule dear Vera se pose sur un meuble.

Uchida, dear Vera, 1989

Les lampes

Excepté l’appellation de sa première lampe, Tenderly, les noms de ses lampes appartiennent au registre de la nature : lune en papier, arbre, oeuf, nuage et alternent entre formes basses et arrondies et légèreté aérienne.

Inventée en 1986, la lampe Tenderly, tient probablement son nom de l’éclairage diffus qui se diffuse au plafond.

Uchida,1986,tenderly

Créée en 1998, la lampe papermoon, comme son nom l’indique est en papier de riz, matière chère aux japonais.

Uchida, papermoon, 1998

Inventée en 2002, la Treelight  stylise un arbre métallique dont les lumière sont comme autant de fruits ou de feuilles.

Uchida, Tree light, 2002

En 2003, la Moon Glow lampe est conçue.

uchida-shigeru-moon-glow-lamp

En 2004, la lampe uovo, déclinée en plusieurs formats, est une lampe à poser au sol.

Uchida,lampe Uovo

Entremêlement inextricable de sections droites métalliques, la suspension Cloud mêle légèreté et complexité.

Uchida, Cloud lighting, 2012

Ce sont les meubles de rangement qui ont notre préférence.

En chêne et noyer, la bibliothèque Day by Day a été créée en 1991.

Uchida, bibliothèque day by day , 1991

Conçue la même année, la monolithique commode Come shin, en noyer et en chêne, se présente comme une colonne composée de tiroirs et est d’une hauteur de 159 cm sur une largeur et profondeur de 25 cm.

Uchida, come shin, 1991

Variante de commode sur pieds.

Shigeru Uchida, commode

La bibliothèque ci-dessous, légère et minimaliste, dont le rythme se développe progressivement dans une alternance de pleins et de vide, de noirs et de blancs, module horizontales et verticales.

Uchida, bibliothèque

A l’inverse, la bibliothèque Stormy weather, réalisée en 1991, quant à elle, met en scène des diagonales colorées.

Uchida, stormy weather

Dans le même style, la bibliothèque modèle ‘Shelves III’, commande spéciale, en bois et mélaminé, créée en 2014.

shigeru-uchida-bibliotheque-modele-shelves III, 2014

 

L’armoire murale Horizontal, créée en 2000, est déclinée en plusieurs coloris et formats et propose un ensemble de compartiments qui s’ouvrent horizontalement, rompant ainsi la verticale du meuble.

Uchida, Horizontal

Les land table déclinées en plusieurs couleurs et formes, rappellent les côtes mouvementés de certaines îles.

Uchida, land table, 2016

Uchida, land table, 2016

 

L’une de ses créations les plus connue, issue de sa collaboration avec l’architecte italien Aldo Rossi, est l’hôtel II Palazzo construit dans la ville de Fukuoka. L’architecte s’occupa de la partie architecturale, tandis qu’Uchida était responsable de l’aménagement et du décor intérieur. L’édifice transforma un quartier défavorisé, parsemé de love hotels, en un lieu de pèlerinage architectural.

hôtel II Palazzo

 

La dernière œuvre du designer japonais Shigeru Uchida est la collection de meubles Khora, créée en collaboration avec le designer chinois Adrian Cheng et présentant des motifs réalisés à partir de menuiserie traditionnelle.

khora-collection-adrian-cheng-shigeru-uchida-

Composée de cinq pièces, qui seront présentées lors de la semaine du design de Milan, la série serait la dernière sur laquelle Uchida a travaillé avant sa mort l’année dernière à l’âge de 73 ans.

khora-collection-adrian-cheng-shigeru-uchida-

En partie inspirée des paysages japonais, la collection Khora comprend des sièges et des tables attachés à des paravents en bois tissés ou quadrillés complexes qui projettent des ombres à motifs.

khora-collection-adrian-cheng-shigeru-uchida-

 

Ses œuvres font partie des collections permanentes du Metropolitan Museum of Art de New York, du Musée d’art moderne de San Francisco, du Musée des arts décoratifs de Montréal, du Denver Art Museum et d’autres. Ses publications incluent ‘Bounds of Privacy’, ‘Japan Interior vol.1 – 4′, Mojiko Hotel Aldo Rossi Shigeru Uchida’ et ‘Interior Design and the Japanese’, et ‘Book of Furniture’.

À propos de son esthétique du design, Shigeru a déclaré que « je m’intéresse à quelque chose au-delà du visible ou du palpable, c’est-à-dire l’existence dans l’invisible. Tout au long du XXe siècle, nous avons trop mis l’accent sur le visible, considérant que ce ne sont que des choses concrètes. »

 

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