Les laques japonais (3) : les laques Negoro

Fin de la période Muromachi (1333-1573) ou début Momoyama (1573-1615), 16e – 17e siècle Dimensions – 36,8 x H 4,1 cm.

 

Le terme de « laques Negoro » (Negoro nuri) s’applique à des objets en bois, en général le zelkova japonais, recouverts d’une couche de laque noire, puis d’une couche de laque rouge. Ce procédé décoratif fut particulièrement employé sur des objets des cultes shintô et bouddhique, mais également sur des objets de décoration, des écritoires et de la vaisselle. La couleur rouge de cinabre (shu urushi) a quelquefois subi, par endroits, des usures, au fur et à mesure de l’utilisation de l’objet. Celles-ci font alors apparaître quelques parties de laque noire de la couche inférieure. Formes épurées, tons sobres et patines caractérisent ces objets à l’esthétique wabi-sabi (1) qui séduisirent moines et maîtres de thé. Lire la suite de « Les laques japonais (3) : les laques Negoro »

Les laques japonais (2) : le maki-e

Etui à pipe (détail), japon, début XX, Shôgetsu

Les techniques regroupées sous le terme de maki-e regroupent incontestablement l’apogée des laques japonais. Attestées dès le VIIème siècle, elles ont été sans cesse améliorées et développées depuis, pour finalement devenir l’ornementation prédominante à partir du XVIIème siècle. Le maki-e désigne les décors réalisés avec des poudres ou des paillettes de métal, essentiellement d’or ou d’argent, qui sont saupoudrées (maku) à la surface de l’objet préalablement enduit de laque. Ci-contre, le détail d’un étui à pipe illustre parfaitement la précision et la maîtrise d’un tel art réalisé sur une surface n’excédant pas 2 cm de large et convexe de surcroît. Lire la suite de « Les laques japonais (2) : le maki-e »

Les laques japonais (1)

Inrô, Laque japon, XIXès.

Avec leur ornementation lustrée et leur aspect soyeux, les laques ont de tout temps exercé une fascination tant en Asie qu’en Europe. Les pièces présentées dans cet article sont datées entre le XVIIème et la première moitié du XXème siècle. Nous ne traiterons dans cet article que des objets qui témoignent du travail patient et minutieux des artisans qui les ont créés, laissant de côté les meubles ou les sculptures. Une précision sur le terme même de laque : en tant que résine issue de la sève d’arbres,  le mot est féminin; pour désigner un objet fait de cette matière, le mot est masculin. Ci-contre, inrô en laque or et argent sur fond de laque noire et incrustations de nacre, représentant deux paons. Signé Kajikawa Ryushô et kakihan.  Japon, XIXe siècle. Haut. 7,8 cm, Lire la suite de « Les laques japonais (1) »

Tsutsugaki : textiles indigo du Japon

Tsutsugaki-kimono, Kimono pour la nuit (yogi). Motif Sotestu (arbre japonais) et chiens occidentaux, Japon, toile de coton, tsutsugaki, 158,1 x 145,1 cm.

Tsutsugaki-kimono, Kimono pour la nuit (yogi). Motif Sotestu (arbre japonais) et chiens occidentaux, Japon, toile de coton, tsutsugaki, 158,1 x 145,1 cm.©Yasuhiro Kobayashi

Art du textile datant probablement de l’époque de Muramachi (1336-1573), ayant connu son apogée à l’Epoque Edo (1603-1868), les tsutsugaki tirent leur nom de la technique employée pour leur fabrication. Par la suite, le terme  désignera tout objet réalisé à l’aide de cette technique. Sous l’ère Meiji (1868-1912), avec la modernisation du Japon et l’arrivée de procédés de fabrication ou de teintures industrielles, ce savoir-faire ancien décline lentement avant de quasiment disparaître après la Seconde Guerre Mondiale. Il ne reste actuellement que quelques artisans conservant le savoir-faire nécessaire au « tsutsugaki« . Il faut attendre, à la fin des années 1930, le regard de Sôetsu Yanagi, créateur de la notion mingei (« art populaire »), pour que soit reconnue au tsutsugaki sa valeur proprement artistique.

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KURAMATA Shiro (1) : un mobilier post-moderniste

Kuramata portrait

Shiro Kuramata (倉俣 史朗) est né le à Tôkyô et décédé le 1 . Décorateur d’intérieur et designer, il créa lieux et objets, et ce sont ces derniers qui feront l’objet de ce premier article. Au 20e siècle, la soif moderniste  pour la simplicité japonaise et la pureté structurelle a fortement influencé le dogme fonctionnaliste : « la forme suit la fonction ». Dans les années 70, Kuramata rejoue le modernisme en flirtant avec les limites entre la forme et la fonction pour choisir l’ambiguïté. Les caractéristiques poétiques uniques de ses créations confirment leur caractère hybride entre art et design, transparence et solidité, unicité et pluralité. Kuramata voulait questionner les contraintes fonctionnelles par le jeu et ses créations restent en suspens dans un état de flottement incertain où des roses figées fleurissent à jamais.

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Histoire et art du thé en Chine (2)

Femme préparant le thé – Brique estampée – Dynastie Song (960-1219)Femme préparant le thé – Brique estampée – Dynastie Song (960-1219)

Sous la dynastie Song, le confucianisme ambiant avait créé une classe de lettrés qui s’adonnaient à des passe-temps raffinés telles que le poésie, la musique, la calligraphie et la culture du thé (cha wenhua). C’est à cette époque que s’organisent les concours de préparation et de dégustation pour identifier non seulement l’origine du thé mais également celle de l’eau utilisée. On se reçoit entre connaisseurs et on met en scène le thé en mettant en valeur ses accessoires qui évoluent en préciosité. Sous la dynastie Qing,  la théière et le gaiwan (tasse recouverte d’un couvercle) apparaissent.

Ci-contre,Femme préparant le thé – Brique estampée – Dynastie Song (960-1219).

 

 

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Isamu Noguchi (1) : les meubles et les luminaires

Biographie

Isomu Noguchi, phtographie © KAZUMI KURIGAMI

Isomu Noguchi, photographie © KAZUMI KURIGAMI

Isamu Noguchi, né en 1904 à Los Angeles, fils du poète japonais Yone Noguchi et de l’écrivaine américaine Leonie Gilmour, étudie à l’Université de Colombia et à la Leonardo da Vinci Art School, à Florence en Italie. Il fonde ensuite son premier atelier et obtient en 1927 une bourse de la fondation Guggenheim. Isamu Noguchi devient l’assistant de Constantin Brancusi à Paris et présente sa première exposition personnelle à New York. Après avoir étudié l’art du pinceau en Chine, il se rend au Japon et travaille l’argile chez le maître potier Jinmatsu Uno. Lire la suite de « Isamu Noguchi (1) : les meubles et les luminaires »

Corée, la porcelaine blanche de la période Joseon

Coupe à vin, porcelaine blanche, H. 4 cm. xve siècle. Musée national de Corée

Coupe à vin, porcelaine blanche, H. 4 cm. xve siècle. Musée national de Corée

Au commencement de la période Joseon (1392-1897), inspirés par la porcelaine Yuan et Ming venant de Chine, les potiers coréens parvinrent à produire de la porcelaine à pâte dure. Il fallait une cuisson à très haute température (1300°C ou davantage) pour que le processus de transformation de la matière soit complet. La porcelaine dure ainsi obtenue était extrêmement solide et d’une blancheur lustrée de toute beauté. D’une grande technique, ces porcelaines sont caractérisées par une élégance de formes sans prétention, simple et pure, à la fois austère et sensuelle. Lire la suite de « Corée, la porcelaine blanche de la période Joseon »

Le Raku : Chôjiro et successeurs

Le fondateur : Chōjirō

(ou Rakuchōjirō : 1515/16-1989/90) est le fondateur du style raku-yaki. Il est le fils d’un certain Ameya, artisan potier originaire de Chine. Sa rencontre avec le maître de Thé Sen no Rikyû (1522-1591) l’amène à créer des chawan (bols à thé) destinés à la cérémonie du thé, le cha-no-yu, empreinte de l’influence du zen. Le thé est l’objet de la cérémonie et les bols ne doivent pas détourner l’attention par leur beauté ou leur raffinement.

Chojiro,Oguro

Chôjirô, Ôguro (grand noir), bol Raku noir (XVIe siècle), bien culturel important du Japon. Collection privée

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L’esprit Mingei selon Yanagi Soetsu

kanjiro kawai, bol

Kanjiro Kawaï, bol, Japon, XXe s.

C’est en 1925, qu’est créé, au Japon, le terme mingei par le penseur, écrivain et collectionneur Yanagi Soetsu (1889-1961). Le mouvement sera animé par lui-même et deux potiers, Hamada Shôji (1894-1978) et Kawai Kanjirô (1890-1966). S’ouvre alors le débat entre la pérennité des cultures traditionnelles et l’adoption de la civilisation industrielle ; ils s’alarment de la disparition des artisanats ruraux japonais que contribue à révéler Yanagi Soetsu et partagent leur foi dans la valeur éthique que doivent avoir les objets les plus usuels de la vie quotidienne. Ces objets trouvent leur valeur dans l’exigence d’efficacité  et de qualité et dans la beauté qui résulte des pratiques et de l’intuition créatrice. Nouveau débat sur le rapport entre la forme et la fonction, qui trouve ici une réponse éthique et aiguille notre réflexion sur la distinction — aux frontières discutées et discutables — entre art et artisanat à l’éclairage de la vie quotidienne et de la spiritualité.  Lire la suite de « L’esprit Mingei selon Yanagi Soetsu »