Le tansu : le meuble japonais de rangement

 

tansu japonais

Connu pour son style épuré et minimaliste si caractéristique, l’intérieur traditionnel d’un habitat nippon, tout en sobriété, se consacre uniquement à l’essentiel. En opposition à une architecture intérieure de style occidental beaucoup plus fournie, une habitation japonaise comporte peu de meubles. Cependant, il y en a un que l’on retrouve toujours, c’est le tansu...

Il ressemble à un buffet ou à une malle ou encore à une commode. Haut ou bas, en une ou plusieurs parties, le tansu est le meuble polyvalent par excellence. Longtemps l’apanage de la cour impériale, le tansu, considéré alors comme un meuble luxueux, était uniquement réservé aux membres de l’aristocratie.

Ci-dessous, intérieur d’un tansu  de l’époque Edo. Cabinet de voyage, en bois laqué or sur fond noir ouvrant par deux vantaux découvrant huit tiroirs de tailles différentes.
L’extérieur des portes, le dessus et l’arrière à décor de paysages, les côtés à décor d’oiseaux sur des branches ; l’intérieur des portes à décor de feuilles de bambou et d’un paysage rocheux dans deux réserves rectangulaires . Les décors sont en bronze.

 

tansu époque Edo, intérieur

 

 

Un meuble mobile

Les premières traces de son utilisation remontent au milieu de l’Epoque de Heian (794-1185). Dans sa forme initiale, il était mobile, car monté sur quatre roues (ou muni de poignées de transport sur ses côtés). Ce qui permettait aux marchands  de se rendre aux domiciles d’éventuels riches acquéreurs en quête d’objets rares. Les capitaines de navires, également, gardaient  leurs biens les plus précieux à l’intérieur d’un tansu.

Tansu ou coffre de navire en laque rouge, XIXe S.

 

Une autre raison pour laquelle le tansu devait être mobile, concerne la nature géologique de l’archipel soumis à de nombreuses catastrophes naturelles, tels que les typhons ou les tremblements de terre. Le tansu était le moyen le plus pratique pour sauver et transporter ses effets personnels.

Ci-dessous, coffre Tansu du Japon, période Edo, milieu du XVIIIe siècle (1760-1769). Cèdre rustique en finition rouge. Garnitures, poignées et décorations en bronze délicatement sculptées. Six tiroirs, plus un compartiment secret avec quatre petits tiroirs derrière une porte à clé. (Dimensions : H : 104,78, L :121,9, P: 43,18)

Tansu japonais en cèdre et orme, période Edo, milieu du XVIIIe siècle

 

Ce n’est que plus tard, au milieu de l’époque Edo (1603-1898) que le coffre ou la malle fait son apparition dans l’habitat populaire en tant que meuble fixe pour connaître son apogée durant l’ère Meiji (1898-1912).

 

La noblesse du bois

Le bois est une matière première particulièrement abondante dans l’archipel composé de forêts sur plus de 70 % de sa superficie. Le tour de main et la maîtrise des artisans s’affinent, se perfectionnent et se transmettent de génération en génération. Ainsi passent entre leurs mains expertes des espèces endémiques allant du feuillu tel que le châtaignier et le mûrier, préférés des ébénistes pour leur excellente résistance aux changements d’hygrométrie et de température; mais aussi de résineux comme le pin, le cèdre et le cyprès. Pour des modèles très haut de gamme et pour des demandes très spécifiques, l’orme du Japon (keyaki) et le paulownia (kiri) offrent de splendides résultats.

imho tansu, Ère Meiji, vers 1850

 

Ci-dessus, isho tansu à portes à charnières en 2 sections d’époque Meiji. En bois de kiri (paulownia).  La section supérieure a une paire de portes battantes qui s’ouvrent pour révéler deux grands tiroirs. La section inférieure a deux grands tiroirs et une petite porte révélant 2 petits tiroirs.

Les différents Tansu

Dans sa fonction principale et en qualité de meuble de rangement, le tansu a des caractéristiques propres en fonction de son lieu de fabrication, mais aussi de son usage ultérieur.

Le cabinet à thé (茶箪笥 : cha’tansu ou cha’dansu)

Ci-dessous, élégant ‘cha’dansu’ dont la structure  est en bois précieux Keyaki indigène.

Cha’tansu, japon,Taishō period (1912-1926),

Les panneaux des portes coulissantes et les façades des tiroirs sont faits de mûrier avec son grain de bois naturel saisissant.

Cha’tansu, japon,Taishō period (1912-1926), détail

L’ensemble du meuble est verni dans une teinte marron chaud.

La façade a trois paires de portes coulissantes dont une  en verre dépoli et quatre tiroirs de taille différente. Le dessus est fini avec des coins arrondis.

A l’intérieur, sur le côté gauche une étagère en forme de S avec une zone d’exposition au-dessus et en dessous. Sur la droite, une paire de portes coulissantes, avec un espace ouvert au-dessus et en dessous également.

Cha’tansu, japon,Taishō period (1912-1926),

Tous les tiroirs sont équipés de fines poignées bélières en forme de « hirute » ( voir détail plus haut) ; les petites prises des portes coulissantes sont de forme circulaire. Dimensions : H103.1 cm, L 73.3 cm, P 28.9 cm.

Ci-dessous, autre cha’dansu de l’époque Meiji en kiri et keiaki.

Cha’dansu,1868-1912 (Meiji Period)

 

Une des caractéristiques du tansu, mais particulièrement des cha’tansu est l’asymétrie. Par ailleurs, lors de sa fabrication, une ancienne unité de mesure sert toujours de référence dans la prise des dimensions. Du nom de shako, ce sceptre en bois ou bâton rituel, utilisé par les empereurs lors de certaines cérémonies officielles, mesure une trentaine de centimètres. Ainsi, la hauteur des cha’tansu est souvent de trois shako, entre 101 et 105 cm.

Isho tansu ( tansu à kimono)  

Généralement constitué de quatre ou cinq tiroirs et en deux parties, ce meuble se rapproche de la commode occidentale.

Ci-dessus, Tansu (Isho-dansu) japonais de Sendai du XIXe siècle en bois  keyaki. Bel exemple de l’ébénisterie traditionnelle, il est doté d’une finition laquée brun rougeâtre. Cette commode à quatre tiroirs présente un plateau rectangulaire, assis au-dessus d’une façade parfaitement organisée, accentuée par une ferronnerie sobrement travaillée, tandis que les côtés présentent des poignées permettant de déplacer le meuble. Avec ses lignes épurées, son aspect joliment patiné et ses rangements pratiques, ce coffre tansu  est à double section.

isho dansu, japon, XIXeS., bois keyaki

 

Kaidan-dansu (tansu en escalier)

Mieux connu des occidentaux, ce meuble, comme son nom l’indique présente des marches tel un escalier.

kaidan-tansu

 

Katana-dansu (tansu pour ranger les épées)

Ci-dessous, tansu de l’Epoque Edo en kiri (paulownia). L’on remarque sur le côté les poignées coulissantes. L’intérieur présente des rayons espacés faiblement , il pourrait s’agir d’un tansu pour katana (épées)

Tansu, Edo period, (1600-1868)

Tansu, intérieur, Edo période (1600-1868)

 

Les trois corps de métiers

A l’ébéniste s’ajoutent le ferronnier et le laqueur.

Pour les artisans ébénistes, la fabrication d’un tansu se transmet généralement de génération en génération : respect des traditions. Le travail de l’ébéniste, fruit de la patience et de la dextérité, consiste à assembler et à ajuster chaque pièce. A chaque essence de bois correspond une approche bien spécifique. La texture, le veinage et la technique d’assemblage sont autant d’éléments décoratifs. Par exemple, dans le tansu ci dessous en paulownia, les veines sont tantôt verticales, tantôt horizontales en fonction de la disposition choisie par l’ébéniste.

isho tansu, période Meiji

Une légende raconte qu’ à la naissance d’une fille, la famille plantait un arbre dans le jardin (généralement un pawlonia).  Lorsque la fille quittait la maison pour se marier, l’arbre était coupé pour faire un isho-dansu.

Kimono ishò dansu, Taisho period (1912-1926)

 

L’artisan laqueur donne au tansu toute sa finition : il va délicatement enduire le meuble de laque puis l’estomper avec un chiffon. Après un séchage, un polissage est effectué afin de donner un maximum de planéité et de régularité. Ces opérations peuvent être répétées jusqu’à une dizaine de fois qui correspondent à dix couches. La laque est un vernis naturel issu de la sève d’un arbre : le Rhus verniciflua, ou arbre à laque. Parfois la laque est teintée de noir ou de rouge avec des pigments naturels, mais alors la veine du bois disparaît.  (Pour plus de détail sur le travail de la laque, voir ici).

Isho tansu, ère Meiji (vers 1910), région de Shonai

Fabriqué vers 1910, ce isho-tansu est laqué noir et possède une remarquable ferronnerie finement travaillée. Ci dessous, un détail des tiroirs et de la ferronnerie.

isho tansu, vers 1910, détail tiroirs

 

La ferronnerie est souvent le moyen de connaître la provenance d’un tansu. L’artisan, en dehors du fait d’apposer discrètement son sceau, prenait un soin particulier à réaliser des pièces finement travaillées.

isho tansu, vers 1910, détail ferronnerie

 

Les plus belles réalisations de tansu proviennent principalement du nord de l’archipel dans la région de Sendai, qui abrite les forêts les plus luxurieuses; les modèles sont alors appelés Sendai-dansu.

Tansu, période Meiji, bois de Sendai, bois Keyaki

 

Les ferrures exubérantes composées de motifs  animaliers comme la grue ou la tortue, des motifs floraux, ou encore les armoiries de familles issues de la noblesse, ornent ici la garniture d’angle, là, la poignée ou encore les serrures.

tansu, japon, ère Meiji

 

Comme nous pouvons le constater, certains tansu sont très sobres alors que d’autres sont très décorés. Notre préférence va aux premiers.

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